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LIBERATION: La Méditerranée, couloir de la mort pour les migrants

La Méditerranée, couloir de la mort pour les migrants

Par Léa Masseguin
Infographie : les routes migratoires vers la Méditerranée centrale.
Infographie : les routes migratoires vers la Méditerranée centrale. Clara Dealberto

Chaque année, des milliers de personnes meurent en tentant de rejoindre l’Europe. «Libération» s’est associé au dessinateur de BD Hippolyte, à bord de l’«Ocean Viking» bloqué en Sicile.

Un corps sans vie abandonné en pleine mer pendant quinze jours, soutenu uniquement par l’épave d’un bateau pneumatique. La photo, partagée sur les réseaux sociaux, est devenue le symbole des tragédies en Méditerranée. «Hier, lors de sa première mission, l’avion humanitaire SeaBird a aperçu ce que nous n’aurions jamais voulu être forcés de vous montrer : le corps sans nom d’une personne sur l’épave d’un canot dont nous ne savons rien»,a tweeté l’ONG Sea-Watch Italy, le 30 juin. La victime, qui aurait succombé à un naufrage près des côtes libyennes, fait partie de la liste funèbre des 295 migrants décédés en Méditerranée centrale (route migratoire la plus mortelle du monde, traversant la mer Méditerranée depuis la Libye, la Tunisie et rejoignant l’Italie et Malte) depuis début 2020.

«Bateaux fantômes»

Chaque année, des milliers d’individus originaires d’Afrique subsaharienne tentent de rejoindre l’Europe par cette route au péril de leur vie. La plupart prennent le large sur des embarcations de fortune, en provenance de pays comme le Niger, le Tchad, la Somalie, l’Erythrée ou le Soudan. Le nombre de départs a bondi en 2020 : près de 25 000 personnes ont quitté les côtes libyennes et tunisiennes entre janvier et juillet, contre 9 400 en 2019 sur la même période. Si des centaines parviennent à débarquer chaque jour sur les côtes des îles italiennes de Sicile et de Lampedusa, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) s’inquiète de la prolifération des «bateaux fantômes».

Dans son rapport 2019, l’agence onusienne estimait que de nombreux morts n’étaient pas comptabilisés. «Si vous venez d’un pays à revenu élevé, des efforts seront faits pour trouver et identifier votre corps si vous disparaissez. Ce principe ne s’applique pas si vous êtes un migrant dans la Méditerranée»,déclarait Frank Laczko, directeur du Centre mondial d’analyse des données sur la migration de l’OIM, en mai. Une situation d’autant plus alarmante qu’aucun navire de sauvetage se trouve actuellement en Méditerranée centrale. Jeudi, Médecins sans frontières (MSF) et l’ONG allemande Sea-Watch ont toutefois annoncé le lancement imminent d’une mission commune de sauvetage dans la zone.

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Les bateaux humanitaires sont régulièrement victimes de pressions politiques de la part de l’Italie. Le pays se trouve en première ligne dans la gestion de la crise, et les Européens ont bien du mal à trouver une solution équitable face à l’afflux de migrants et demandeurs d’asile. En septembre, l’Allemagne, la France, l’Italie et Malte s’étaient mises d’accord sur un mécanisme temporaire, basé sur le volontariat, pour une répartition des migrants sauvés en mer. Il n’a été rejoint que par une poignée de pays et a depuis été suspendu à cause du Covid-19. «Il faut aujourd’hui que l’ensemble des pays européens fassent ce que la France et l’Allemagne ont fait, c’est-à-dire [faire preuve] à la fois de fermeté à l’extérieur des frontières de l’Europe […] et en même temps nous devons pouvoir répartir les demandeurs d’asile lorsqu’ils sont arrivés en Italie»,avait déclaré le 31 juillet à Rome le ministre français de l’Intérieur, Gérald Darmanin.

Tortures, viols

Selon les autorités italiennes, plus de 11 000 migrants sont arrivés cette année dans leur pays, dont 4 000 citoyens tunisiens. Comparé aux sept premiers mois de 2019, le nombre de départs depuis la Tunisie a explosé de 462 % sur la même période en 2020. «La plupart sont des ressortissants qui ont perdu leur emploi ou leur logement pendant la période de confinement», explique Vincent Cochetel, envoyé spécial du Haut Commissariat des Nations unies aux réfugiés (HCR) pour la situation en Méditerranée centrale. Selon lui, la traversée coûte aujourd’hui entre 500 et 600 dollars.

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Pour les plus chanceux, l’arrivée en Europe est la dernière étape d’un effroyable périple. Meurtres, tortures, viols, prostitution forcée, esclavage… Le récent rapport du HCR et du Centre de recherche sur les migrations mixtes du Conseil danois pour les réfugiés dénonce les «extrêmes violations des droits humains»dont sont victimes les migrants et demandeurs d’asile au cours de leur voyage à travers l’Afrique, à la fois par des passeurs, des milices et des fonctionnaires. Entre 2018 et 2019, au moins 1 700 personnes ont ainsi perdu la vie, soit 72 morts par mois, faisant de cette route migratoire l’une des plus mortelles au monde. «Ce n’est que la partie émergée de l’iceberg», précise Vincent Cochetel. Là encore, impossible de comptabiliser les décès dans le désert ou les centres de détention en Libye, où près de la moitié des migrants qui quittent les côtes du pays sont renvoyés. «Nous voyions des gens mourir tous les jours. Je n’ai pas vu la lumière du jour pendant deux ans», raconte dans le rapport un Erythréen évacué par le HCR en 2019. Des morts qui viennent s’ajouter à ceux ont péri en Méditerranée, désormais considérée comme un immense cimetière.

Léa Masseguin

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